Le CNRS mise sur le numérique souverain, délaissant Microsoft et ses pairs, et en tire profit

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Dans un monde où la dépendance technologique devient une problématique de premier ordre, le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) a pris des mesures décisives pour s’affranchir des outils numériques fournis par les géants du numérique, communément appelés GAFAM. Ce mouvement stratégique vise non seulement à garantir une souveraineté numérique pour la recherche en France, mais également à renforcer la sécu­rité informatique des données traitées par ses chercheurs. Dans ce contexte, le CNRS se tourne vers des solutions plus autonomes, moins coûteuses et qui favorisent l’innovation au sein de l’écosystème numérique français.

Une transition motivée par la dépendance technologique

La décision du CNRS de quitter Microsoft et ses pairs n’est pas survenue par hasard. L’épisode survenu le 12 juin 2026, lorsque le gouvernement américain a ordonné à l’entreprise Anthropic de couper l’accès à ses intelligences artificielles, a servi de signal d’alarme. Cette situation a mis en lumière la vulnérabilité à laquelle le CNRS s’exposait en s’adossant à des outils numériques extramuros, qui, à tout moment, pouvaient être affectés par des changements de législation ou de politiques internationales. Ce facteur a révélé l’urgence d’une indépendance technologique.

Par ailleurs, l’aspect financier ne doit pas être sous-estimé. Par exemple, le coût annuel d’utilisation de Zoom pour le CNRS s’élevait à 400 000 euros, un montant non négligeable qui aurait pu être mieux utilisé ailleurs. Ainsi, le basculement vers des solutions alternatives telles que Zimbra pour la messagerie, opérée par Renater, permettra d’économiser en moyenne 20 millions d’euros sur six ans, selon les estimations. Ce type de calcul économique renforce la légitimité du choix pour un numérique souverain.

Une stratégie claire pour la mise en œuvre

La transition du CNRS est guidée par des résultats tangibles. La Direction interministérielle du numérique (DINUM) joue un rôle moteur dans cette impulsion. Elle a débuté une phase de diagnostic dès 2024, suivi d’un passage réel à des outils souverains en 2025. La première étape a été l’adoption de LaSuite, une suite de logiciels développée en interne par la DINUM, qui remplace les outils américains traditionnellement utilisés. Cela représente un pas décisif vers une innovation numérique en milieu public.

Les retours d’expérience des équipes, notamment en région, indiquent que la bascule a été marquée par quelques difficultés logistiques, notamment lors de la migration vers Zimbra, mais ces couacs ont été résolus. Désormais, l’amélioration de la productivité et la sécurité autour des données traitées sont des résultats tangibles. L’adoption de Tchap, une messagerie instantanée sécurisée, a permis de garantir une communication confidentielle au sein de la fonction publique, avec plus de 800 000 utilisateurs, et cela underline l’attractivité des solutions souveraines.

Le choix d’outils souverains : Le cas de Mistral AI

Un des changements les plus remarquables est l’alliage avec Mistral AI, une licorne française, pour développer un assistant d’intelligence artificielle. Baptisé CNRS-Emmy, cet outil génère déjà un intérêt considérable, avec plus de 13 000 utilisateurs réguliers. Plutôt que de dépendre de solutions étrangères qui ne garantissent pas la maîtrise des données, cette initiative s’inscrit dans une logique de défense de la souveraineté numérique. Cela démontre qu’il est possible de conjuguer technologie française et logiciels libres pour une recherche efficiente.

Une telle décision a pour double effet non seulement de sécuriser les données stratégiques, mais également d’élargir l’horizon des possibles pour les chercheurs français. La DINUM, en parallèle, a développé son propre assistant en collaboration avec Mistral AI, ce qui renforce l’importance des PMEs françaises dans l’évolution numérique des administrations.

Les enjeux de la cybersécurité et des méthodes de travail

La sécurité informatique est au cœur des préoccupations lors de cette transition. Le choix de Zimbra sur Microsoft Exchange s’inscrit dans cette volonté de garantir un environnement de travail propice à la recherche sans courir les risques liés à l’exploitation de données sensibles par des tiers étrangers. En intégrant des outils comme LaSuite et Tchap, le CNRS s’assure que la fonction publique utilise des solutions qui sont non seulement sécurisées, mais adaptées aux exigences spécifiques de la recherche.

Au fil des mois, les avancées des outils développés avec Mistral AI permettent au CNRS de gagner en efficacité. Les recherches montrent qu’en misant sur des alternatives au lieu de conserver des méthodes de travail conventionnelles, il est possible d’augmenter la créativité et la productivité des équipes. Cela illustre un changement fondamental des mentalités et des pratiques au sein des organismes publics, marquant une montée en puissance du numérique souverain.

Les impacts financiers et économiques de cette transition

L’un des éléments majeurs à considérer dans la transition vers un numérique souverain est l’effet économique. La volonté du CNRS de réduire ses coûts en se délestant de logiciels licencés à l’étranger se heurte à des enjeux budgétaires sérieux pour une organisation qui est essentiellement financée par l’État. L’intégration de solutions libres comme Zimbra ou LaSuite permet non seulement d’économiser sur les licences, mais également de canaliser ces sommes vers d’autres secteurs de recherche, favorisant ainsi l’innovation et le développement.

Comparaison des Coûts Annuel Ancienne Solution Nouvelle Solution Économie Potentielle
Outil de visioconférence Zoom (400 000€) Visio (estimation 100 000€) 300 000€
Messagerie Microsoft Exchange Zimbra 3 000 000€ sur six ans
Système de stockage SharePoint sDrive, Docs, Fichiers 2 000 000€ par an

Ces économies ne touchent pas seulement à la gestion budgétaire, mais s’accompagnent également d’une recherche d’efficacité numérique qui devrait permettre au CNRS de renforcer ses capacités de recherche dans un cadre sécurisé et maîtrisé. Cette stratégie interpelle donc bien au-delà du cadre du CNRS, pouvant servir de modèle à d’autres institutions publiques.

Les défis et la feuille de route pour l’avenir

Malgré des avancées notables, le chemin vers la souveraineté numérique est parsemé d’embûches. Avec la coupure imminente de Microsoft SharePoint en faveur de solutions moins connues, le défi est d’assurer une migration douce sans perturber l’activité des chercheurs. Il est question de conserver une continuité des services tout en intégrant des solutions qui garantissent la sécurité des données françaises. La DINUM est d’ailleurs déjà à l’œuvre pour mettre en place un calendrier précis et des outils robustes qui faciliteront cette transition.

Au-delà des défis logistiques, un autre problème qui pourrait émerger est l’acceptation par les équipes de ces nouveaux outils. Il sera crucial de former efficacement le personnel afin qu’ils puissent exploiter pleinement les nouvelles solutions mises en place. Cette période d’apprentissage peut représenter une opportunité de créativer pour les chercheurs, mais elle requiert un plan d’accompagnement sur le long terme. La phase d’appropriation des nouveaux outils est fondamentale pour garantir l’adhésion des utilisateurs.

Consolider l’autonomie numérique en France

Le CNRS, à travers cette transformation, a un rôle de pionnier en France. En montrant la voie vers un numérique souverain capable de doper la recherche publique tout en préservant la sécurité des données, l’organisme donne également un exemple aux autres administrations et entreprises. Cet élan peut potentiellement renforcer le secteur numérique français dans son ensemble tout en créant des synergies entre les universités, les start-ups, et le tissu industriel.

Dans ce cadre, des collaborations se dessinent également avec d’autres organismes publics afin de créer un écosystème numérique synergique et plus autonome, favorisant ainsi une indépendance technologique en France. Le CNRS met toutes les chances de son côté pour que cette transition, loin d’être un simple glissement technique, s’inscrive dans une vision plus globale d’un avenir numérique maîtrisé.